Ultra Trans Aubrac 2016

16 Mai

L’Ultra Trans Aubrac 2016 inaugure mon 1er récit de course.

J’ai fait de cet Ultra un objectif principal de ma saison. En préparation pour la CCC 2016 et à la recherche de points pour l’UTMB 2017, je souhaitais finir en étant « frais ». Et cet objectif a été largement atteint 😉

Debout à 4h du matin en silence pour ne pas réveiller la petite famille. Petit déjeuner léger. Grâce à mes très nombreuses séances à jeun et à mes sorties longues à nutrition minimale, je me permet de prendre un départ d’Ultra avec un thé vert,  2 tartines purée d’amande / miel et une grosse poignée de fruits à coque. Je me sens beaucoup mieux avec un bol alimentaire léger. Une banane sera prise 15min avant le départ, c’est un petit rituel sur les longues courses.

Arrivée à Bertholène sous une pluie serrée. Ma femme opère un dépose minute devant la salle des fêtes, mes filles dorment à l’arrière de la voiture, nous nous reverrons dans 8h, 55km plus loin.

Le départ est donné depuis les ruines du Château de Bertholène, dans une ambiance de médiévale et chevaleresque, je suis trempé. La pluie stoppe 1 minute avant le signal. Je suis dans le 1er quart des partants entourés de relayeurs. Ils ne feront que 25km de course jusqu’à St Côme d’Olt, ils partent vite. Je rentre dans ma bulle, je n’écoute que ma respiration. Je ne regarde pas autour de moi. Cet isolement mental permet de ne pas être emporté par l’euphorie du départ, l’envie de suivre les rapides, être à l’écoute de son corps.

Les 20 premiers kilomètres sont très roulants. On enchaine des portions de routes, de pistes forestières, de sentiers. Les pentes sont douces. Je fais connaissance avec mon amie pour la journée, la BOUE. Grasse, épaisse, collante, profonde. Je m’aperçois que mes sorties hivernales dans la neige avec des appuis fuyants vont fortement m’aider sur cette course. Le hic est que ce terrain facile de prime abord oblige de laisser à chaque pas une énergie énorme pour enchainer le pas suivant. Je ne suis réellement pas habitué. Je n’ai jamais couru dans la moindre flaque de boue auparavant.

Vers le 15eme km sur l'Ultra Trans Aubrac 2016
Vers le 15eme km sur l’Ultra Trans Aubrac 2016 @Photossport.com

Un bénévole m’annonce la descente sur Saint Côme d’Olt, 1er ravito au 25eme kilomètre. Je n’ai rien vu passé, le paysage brumeux, le parcours facile et le plaisir sont au rendez vous.

Le stop au ravito durera moins de 3 minutes. Je n’aime pas stationner trop longtemps. Je fais ce que j’ai faire en suivant une routine pour ne rien oublier et je repars.

On attaque par une montée sèche au-dessus du très beau village de St Côme d’Olt. On suit le chemin de Croix qui silionne la colline. Cette portion de 35km est annoncée sur le papier comme la plus difficile car en montée continue pour un cumule de +1600m.

On s’engouffre dans un vallon très humide, verdoyant. C’est une sorte de canyon que l’on va suivre durant 20km environ. Hormis 2 ou 3 passages, rien de technique ou de difficile. La progression est rapide et aisée. Je choisie (c’est ma stratégie) de faire toutes les montées en « power hiking » c’est à dire en marchant en puissance en poussant sur mes cuisses et de trotter à chaque relance. L’idée est d’avoir le même rythme / cadence en montée, en descente ou à plat. Mon rythme me permet, sans fatigue, de coller ceux qui me doublent à chaque descente ou relance et qui marchent lentement à chaque montée.

Le vallon débouche sur les coteaux de Laguiole. Dès que le terrain s’ouvre je reprends un rythme de course caler sur mon endurance fondamentale travailler durant presque 1000km depuis le début de l’année.Ce rythme est devenu naturel, il est encré dans la mémoire de mon corps.

Au ravito de Laguiole au 55ème km de l'Ultra Trans Aubrac
Au ravito de Laguiole au 55ème km de l’Ultra Trans Aubrac

Arrivée à Laguiole au ravito du 55ème km. Je vole, je ne suis pas fatigué, je vais retrouver ma femme, mes filles et mes amis Niko et Elo spécialement venus de Paris pour me soutenir. Pour rentrer dans Laguiole, on traverse un petit pont. 4 jeunes filles m’y attendent, elles encouragent les coureurs. Elles m’annoncent qu’elles sont là depuis 45 minutes et que je suis le 1er concurrent qu’elles voient courir !!!

L’arrêt ravito est beaucoup plus long que le 1er mais d’un immense réconfort. Mon « staff » m’a réservé une chaise, les boissons et aliments sont rangés sur un plateau, mes vêtements de rechanges sont présentés, prêts à être enfilés. Les autres concurrents sans assistance me regardent avec envie.

Je repars avec les batteries remontées à bloque, réchauffé (on doit être à 6°c max), intégralement changé, nouvelles chaussures et pieds au sec. Après 55km et presque 9h de course je suis hyper frais, zéro douleur ou signe de fatigue, aucune lassitude et impatient de partir à la découverte de ce que tout le monde attend : La traversée des Hauts Plateaux de l’Aubrac !

Avant d’attaquer le 3ème segment, l’organisation nous fait faire un peu de visite ;-). En effet, Laguiole est connu pour ces couteaux d’exceptions. Je ne parle pas des pâles copies que l’on trouve partout et qui n’ont rien à voir avec le travail d’ artisanat et d’art des Maîtres Couteliers de Laguiole. Mais de vrais couteaux forgés, façonnés et assemblés à la main avec des matières de 1ère qualité par des artisans passionnés. J’ai moi même depuis de nombreuses années un Lagyole Honoré Durand intégralement construit et assemblé devant mes yeux. Dans cet esprit sportivo-culturel, le tracé de la course traverse de part en part la boutique et la forge Honoré Durand sous le regard ébahi des clients et amusés des employés.

Fini le shopping, on attaque une portion de toute beauté qui peut laisser des traces si mal gérée. On quitte Laguiole par un sentier facile pour s’enfoncer dans la foret. On montre tranquillement, ce n’est pas cassant, on rattrape des pistes de ski de fond qui serpentent en pentes douces pour nous amener à 1400m d’altitude. On alterne, clairières et sous bois. Le cadre est magique. Je suis seul sans être seul. 2-3 concurrents à 200m devant et 1 ou 2 poursuivants 200m derrière, tous au même rythme. Jusque là on a joué depuis le début de la journée avec un temps humide mais aucune pluie franche depuis le départ. Devant moi, un coureur fort, de grande taille avec une coupe rasta stoppe sa course. Il ouvre son sac et sort sa veste de pluie à toute allure. Je ne comprend pas, il ne pleut pas, le ciel est très couvert, il fait froid mais il ne pleut pas ! Il me regarde et crie « Grêêêle ».

10 secondes plus tard une averse de grêle s’abat sur nous. Ce coureur m’a sauvé d’une bonne trempée car grâce à lui j’ai pu me couvrir juste à temps. Comment peut-il annoncer une averse de grêle imminente ? Magie.

Cette averse ne m’a absolument pas ralentie dans ma progression au trot alors que tous les autres concurrents sauf mon « marabout » sont au ralenti à nouveau trempé, frigorifié ou en manque d’énergie.

Plus ça monte, plus on avance et moins je ressens de fatigue. Je bois très régulièrement. Je m’alimente par petite quantité. J’avance vite en trottant à un rythme de croisière sans variation. Je double de nombreux coureurs qui montrent les 1er signes de grosses fatigue.

On passe le sommet de l’épreuve à 1400m, redescente vers Aubrac à travers champs en total off road. Au loin une tente blanche déposée au milieux de nul part. Ce n’est pas un ravito, le prochain est à 8km dans un buron de pierre, qu’est-ce ?. Pris de curiosité j’accélère. En s’approchant un truc nous saute au nez. Une odeur agréable de nourriture. La Maison Conquet de Laguiole a eu la brillante idée de faire un ravito surprise non inscrit au road book. Au choix, terrines, rillettes, saucisse de l’Aubrac, pâtes et surtout un excellent thé.  J’en prends 2 verres. Il est divin et redonne du moral aux troupes. Je remercie chaleureusement les inventeurs de cette oasis et je repars pour 8km de rêve à travers les Hauts Plateaux de l’Aubrac.

8km de rêve c’est un peu fort comme annonce, le vent souffle fort, glacial, il fait 3°, une pluie fine nous trempe …mais le paysage est superbe.

Arrivé au dernier ravito je retrouve mon copain Niko. Il m’attend à l’extérieur au froid. Il est étonné de me voir courir car tous les autres coureurs qu’il a vu passé depuis qu’il est arrivé marchent. Ma femme n’est pas là, trop froid pour mes filles. Elles sont dans la voiture garée à 200m. Dans le buron se trouve le meilleur ravito du monde et là je pèse mes mots.

Il y a ravito et ravito, ça c'est un ravito !
Il y a ravito et ravito, ça c’est un ravito !

Le stop est rapide. Je me restaure vite fait, Elodie m’apporte 2 verres de soupe, 1 verre de thé, je change de haut et çà repart.

Il reste 28km, la nuit est proche de tomber. Ma frontale Stootsconcept est vissée sur mon crane pour gagner du temps plus tard. Le sentier passe au bord du parking du ravito, je fais un détour pour embrasser les femmes de ma vie et je repars.

A partir de ce moment, la course est devenue magique, mystique, quasi surnaturelle…

Je fais un check des mes sensations environ 10 minutes après le ravito. Aucune douleur, crampe, tension, gène, raideur …pas faim, pas soif, aucune fatigue. Il me reste 28km dont 600mD+ (ce que je fais presque chaque midi au mieux de mon entrainement) et 1200D- en foret essentiellement sur piste roulante. Tous les indicateurs sont au vert : j’accélère.

C’est simple, jusqu’à l’arrivée j’ai doublé tous les concurrents rencontrés ( je n’ai pas compté mais environ 40). Quasiment tous marchaient, moi je courais comme sur les 25 km du départ. Une forme incroyable. 2 fois on s’est retrouvé face à des murs, des pentes hyper tendues sur un sentier de boue sans aucun appui. Tous se sont arrêtés, sauf moi …J’ai couru les 28 derniers km d’un Ultra !!!!!

L’arrivée dans la salle des sports de St Geniez d’Olt est géniale. Niko me filme, je cours jusqu’au podium de remise des tee shirts de finisher. Je redescends du podium et les 1ers mots de Niko sont simplement ce que j’avais envie d’entendre : « mais tu est hyper frais, comme si tu n’avais pas fait 105km …c’est incroyable ».

Ultra Trans Aubrac 2016 finisher
Ultra Trans Aubrac 2016 finisher

Je remercie profondément ma femme pour son aide et son support indéfectible, mes filles pour leurs encouragements, mes amis Nikola et Elodie pour leur ASSISTANCE , Vincent de Meltonic pour son soutien (leurs produits sont ce qui se fait de mieux pour l’ultra endurance), les bénévoles de l’Ultra Trans Aubrac, ma communauté Strava (on ne se connait pas mais on s’entraide et ça fait du bien) et Johan pour ton aide Suunto (post à venir sur cet item).

Si vous cherchez un Ultra roulant ou une première approche sur 100km pour découvrir la distance je conseille fortement cette course. Elle n’est pas facile, loin de là, mais sa difficulté est gérable et sans piège : pas de passage aérien, pas d’ascension avec 1500m D+ et pas de haute altitude.

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4 Commentaires sur "Ultra Trans Aubrac 2016"

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Yin
Invité

Hé bien, quel état de grâce sur une telle distance, incroyable, c’est un peu la course idéale que tu racontes là … mais quel est ton secret ? Au passage depuis combien de temps cours tu pour être en mesure d’arriver tel un pétale de rose frais après 100 bornes en montagne ?

Rictus
Invité

Pour quelqu’un qui n’aime pas écrire de récit de course, c’est intéressant et bien écrit !
Ça donne envie !
Encore bravo !

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