Ultra Trail Harricana 125km : Je suis Loup

18 Oct

Aborder un Ultra trail n’est jamais simple même si l’on commence à avoir un peu d’expérience.

Cet Ultra Trail Harricana au Québec a été mon 8ème ultra de plus de 80km mais mon premier à l’international (avec un décalage horaire). J’ai très bien réussi mes deux ultras de l’année donc pour celui-là je suis en confiance.

Pour cette course la logistique n’a pas été un problème. J’ai eu le soutien de ma nièce avant, pendant et après la course. C’est une « locale », elle vit au Québec depuis 10 ans. Elle connait bien la région de Charlevoix où se déroule la course. L’année dernière sur l’UTMB elle a pu voir une assistance de près. Du cout elle a eut une bonne idée de sa mission qu’elle a pris très au sérieux avec un niveau de stress bien supérieur au mien.

Pour quitter le ravito #2 on prend cette avenue

La gestion du décalage horaire pour performer.

Avec le Quebec nous avons 6h de décalage. C’est peu et beaucoup en même temps. Quoi qu’il en soit c’est un stress métabolique pour le corps et l’esprit. Un type de stress qui dans la philosophie de Maffetone doit être contrôlé si l’on souhaite performer et ne pas subir. J’ai donc cherché très tôt dans ma préparation des solutions pour m’adapter à ce décalage horaire.

La lecture d’un article de l’équipe Pro Education First m’a donné la bonne voie à suivre. Vous pouvez le trouver ici. J’ai donc récupéré de la Melatonin en complément alimentaire. Complément que j’ai testé à plusieurs reprises le dernier mois de préparation. L’idée étant de vérifier son efficacité sur mon organisme ainsi que les éventuels effets secondaires non désirés.

En parallèle j’ai directement interrogés 2 athlètes de très au niveau qui ont eu la gentillesse de me répondre (Martin Fourcade et Sébastien Camus). Leur expérience de déplacement pour se rendre sur des compétitions leur permet d’avoir un recul sur les bonnes pratiques. Les deux m’ont donné quasiment le même protocol :

  • 2 à 3 jours avant le déplacement commencer à décaler les repas et les heures de coucher / lever par tranche de 1h30.
  • Continuer le protocol dans l’avion. C’est à dire dès la phase d’embarquement se calquer sur le fuseau horaire d’arrivée.

J’ai donc afficher le double fuseau sur ma montre en plaçant en heure principale celle de Quebec. J’ai dormi dans l’avion (grâce à la Melatonin) sur les phases de nuit et j’ai mangé aux heures des repas principaux. 12h après mon arrivée, j’étais parfaitement adapté. Mission remplie !!

Après le ravito #2, avant de redescendre vers la rivière

Gérer la fatigue et le stress pré compétition.

Avant un événement comme un ultra, il faut se préserver au maximum de toute dépense énergétique superflue. Les dépenses énergétiques sont soient fonctionnelles (déplacements, activités …), soient psychologiques (stress, anxiété, manque de sommeil …). Dans une interview, le manager de Xavier Thévenard explique que son rôle principal dans la performance de Xavier est de le préserver de toutes dépenses énergétiques psychologiques. Le but est que Xavier soit calme, détendu, focalisé sur lui et sa course sans se soucier de rien d’autre.

Je peux dire qu’avant l’Ultra Trail Harricana j’ai fait très très fort de ce point de vue !!

  • Mon vol a eu 3h05 de retard. J’ai donc loupé ma correspondance à Montréal pour Quebec.
  • Arrivé à Quebec, ma valise a été perdue.
  • Sans valise et donc sans veste chaude j’ai attrapé froid et je suis tombé malade. Malgré le fait que mon neveu m’en ait prêté une.
  • Récupérer la valise a entrainé des déplacements non prévus sur de longues distances.
  • Deux jours avant la courses, bien fatigué, j’ai perdu mon porte feuille, avec pièces d’identité et cartes de crédit.

Niveau fatigue, j’étais bien. La veille de la course je n’avais pas vraiment envie de prendre le départ.

Comment se relever d’une telle situation ??

Il faut selon moi il faut revenir aux bases. Il faut recréer une vie de routine sécurisante. C’est là que ma famille a pu prendre le relais. Ma nièce a créé cet environnement de routine.

Je me suis forcer à respecter mes heures de sommeil avec mes bases de couché et lever (22h / 6h). J’ai éviter de manger à l’extérieur. Ma nièce m’a cuisiné des plats maisons avec des aliments sains, Bio et variés. Je me suis appliqué à bien m’ hydrater en eau et infusions. Je suis resté actif mais j’ai été très attentif à mes moments de repos notamment avec des phases de méditation. Enfin, on je me suis aérer l’esprit pour ne pas me focaliser sur mes problèmes (voir les baleines, jouer aux cartes, rire, reconnaitre les zones de ravitaillement …).

Une course dans la douleur

Finalement j’ai pris le départ de l’Harricana 125km. Le départ est de nuit à 2h du matin. Il faisait 1°. Mais comme j’étais fiévreux je n’avais pas particulièrement froid.

Au départ j’ai rencontré Denis (Alias Zinzin Reporter). Le gars est tout juste excellent ! Il porte la gentillesse et la bienveillance sur lui. Nous avons pu échanger ensemble à plusieurs endroits sur la course ce qui était vraiment de bons moments. Je vous invite à voir sur film de course ici (avec Bibi inside 😉 )

La course jusqu’au 75ème km a été une succession de phase positives et de phases plus noires. En gros, il n’y avait aucune difficulté technique, de parcours ou d’obstacles de course. J’ai pris un rythme contrôlé sous Maffetone et je l’ai déroulé. Je me suis servi de mon expérience pour gérer mon effort, ne pas trop en faire et appliquer mon plan nutritionnel. La plus grosse difficulté a été de gérer les aléas de la fièvre et donc les aléas de fatigue qui vont avec. Vers le 50ème km je me suis rendu compte que mes urines étaient rouge. Je ne me suis pas inquiété car je n’avais aucune douleur aux reins ou en urinant. Ma progression a été aléatoire en suivant les courbes de la fièvre.

Je me suis rendu compte après la course que ma position a oscillé entre la 47ème et la 53ème place durant 120km sur 125km.

Les arrivées au km 35 et au km 62 aux ravitos avec assistance sont vécus comme des miracles. Voir ma nièce se donner à fond pour ma réussite me booster à chaque fois.

Là où tout bascule.

La portion qui suit le second ravito avec assistance est présentée comme la plus difficile. On se retrouve rapidement sur une route de terre qui longe une rivière. Cette section très facile est fatigante à cause de sa monotonie. J’y progresse lentement par manque de force. J’attend avec impatience la portion suivante qui doit être une belle ascension, la fameuse partie difficile.

Tout sur cette image tout glisse ….

L’ascension n’en est pas une, du moins pas selon mes critères d’Alpin. Le sentier remonte un torrent dans une foret hyper dense. C’est une pente douce, presque un faux plat, sur une dizaine de kilomètres. L’état du terrain est techniquement pour moi à cet instant impraticable. Je n’arrive pas à progresser dans cet environnement de pierres, mousses et bois hyper glissant. Je suis sur un faux rythme et dans une phase très noire. En plein doute sur mes capacités, je glisse deux fois en quelques minutes. Ma cheville droite est touchée.

La suite a été un vrai parcours du combatant. Je me suis appliqué à modifier ma gestuelle de course pour poser mon pied de manière à ne pas avoir mal. J’ai alterné les serrages et desserrages de ma chaussure pour placer mon pied au mieux.

Sur les 50km suivants j’ai perdu très peu de place. On m’a autant doublé sur les sentiers que ce que je doublais aux ravitos (les coureurs HS qui avaient du mal à repartir).

Là où j’ai vraiment lâché l’affaire c’est dans les 2 derniers km. J’étais épuisé et incapable de passer les dernières marres de boue. Une dizaines de coureurs m’ont passé alors que l’on pouvait entendre le speaker sur la ligne d’arrivée ….

là c’est propre !

Que retenir de cette expérience Québécoise ?

Un ultra à l’international ça se prépare spécifiquement avant le départ pour gérer son sommeil, son voyage (transport) et sa nourriture sur place. Ce sont beaucoup de nouveaux paramètres que vous n’avez pas à gérer ou qui ont une importance moindre comparer aux 5h de route pour un UTMB en France.

La distance, le dénivelé et l’altitude ne sont pas les seuls critères qui définissent la difficulté d’un parcours. C’était mes critères de base. Depuis j’ai rajouté la nature même du terrain, par exemple : racines, boue, mousses humides, terrains dégramentés …

La confiance dans son assistance est primordiale. Sans ma nièce sur place j’aurais mis le clignotant au bout de 60km et je n’aurais pas souffert une seule minute.

J’ai donc 2 mentions spéciales :

  • Un grand merci à ma nièce Olivia, sans qui rien n’aurait été possible.
  • Un grand bravo aux organisateurs et aux bénévoles de l’Harricana. Sur tous les Ultras, les bénévoles sont cools, bienveillants, aux petits soins pour les coureurs. Sur l’Harricana en plus ils sont fous, joyeux, attirants, complètement déchainés

Dernière note : édition 2019, 46% d’abandons …j’ai fini Je suis Loup 🙂

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