Ultra Trail Côte d’Azur Mercantour 2018

22 Juin

L’Ultra Trail Côte d’Azur Mercantour va devenir une classique pour moi à force d’y participer.

Proposant tous les formats et parcours possible du KV à l’Ultra, j’ai déjà bouclé le 55km en 2016, le 145km l’année dernière (récit ici) et le 90km cette année.

J’ai choisi la version Ultra « courte » de 90km car cette course rentre dans mon programme de préparation pour l’UTMB et je ne souhaitais pas affronter un parcours aussi exigeant que le 145km et ses 10000m de D+.

Cette année je vais faire peu de course pour rester frais et focalisé sur mon objectif de fin aout. Toutes mes courses préparatoires ont un objectif précis. C’est une sorte de passage de validation des acquis mais aussi un test grandeur nature de la partition que je dois dérouler à Chamonix.

Le départ

Au départ je n’ai aucune appréhension. Xavier m’accompagne. Il sera mon ravitailleur principal sur l’épreuve. Je retrouve beaucoup de têtes connues (les meilleurs coureurs de la Côte sont presque tous présents dans le public). Je pars dans le second tiers du poloton avec mes amis Brice et Christine.

Pour faire simple, jusqu’au km 55, je connais chaque marche, pierre, racine. J’ai des temps de référence sur chaque passage. Je connais chaque tronçon. Le tracé passe par mes terrains d’entrainement puis part mon village d’enfance puis par le village de mon mariage … Je passe devant ma maison, les maisons de mes amis et de mes voisins.

Mon plan est simple :

  • Rester sous Maffetone.
  • Ne suivre que mon rythme (sans être influencé par les autres coureurs).
  • Courir chaque mètre pouvant être couru.
  • Prendre un gel au bas de chaque grosse ascension.
  • Ne stopper à aucun ravito hors base de vie (le protocole c’est 1 à 2 verres d’eau gazeuse, mise à niveau des gourdes que si besoin). Mes temps d’arrêt sont de 5 min max.

Pour la petite histoire, je suis parti à jeun (course à 17h, dernier repas très léger à 11h) et je n’ai mangé qu’après 2h30 de course (sauf un gel qui a fait une fausse route direct dans les poumons).

Mon sac de course, pesé à 945g avec tout le matériel nécessaire.

Levens, Base de Vie 1

J’arrive à Levens à la tombée du jour. Je n’ai pas eu à sortir la frontale contrairement à l’année dernière. Je suis exactement sur mon plan de route. Xavier gère totalement sac. Jean-Marc s’occupe de faciliter ma logistique. Dans l’ordre :

  • Je change de t-shirt.
  • Je remplace la casquette par un Buff.
  • Je pose la frontale sur la tête.
  • Je bois de l’eau gazeuse (2 verres) avec des BCAA.
  • Je mange 5 cuillères d’une compote maison hyper calorique et 5 cuillères d’un riz au lait de coco hyper calorique.
  • Je bois un café.
  • Je repasse de la crème sous un pied (on gère les pieds après avoir mangé, c’est plus propre).
  • Je repars.
  • Stop de 20 min ouf.

Les personnes avec qui je repars ne suivent pas mon rythme. A partir du km 40 je suis quasiment toujours seul.

Je double beaucoup de concurrents sans vraiment forcer, toujours de la même manière : En montée, je suis calé sur Maffetone à 140 Bpm. J’arrive sur un concurrent. Je reste dans sa trace. Lorsque mon cardio est stable à 120 Bpm. Je double et je remonte à 140 Bpm. A ce rythme, les autres coureurs sont plus proche des 160 – 170 Bpm et ne tiennent pas la cadence.

Utelle, la mi course.

Le village d’Utelle est une oasis au milieu de la nuit. J’arrive frais. Xavier m’attend et me propose de l’eau, un spray de froid ….Je n’ai droit à aucune assistance à ce point. Je refuse les propositions.

Par rapport à l’année dernière où j’avais prévu de passer hyper vite à ce ravito mais fatigué j’avais fait un stop de 15 bonnes minutes. Cette année, j’y suis resté 5 minutes max.

Pourtant, 10 min après avoir quitté le village, j’ai une énorme contraction musculaire aux ischios de chaque jambe. Paralysé en plein élan, la douleur est comme une crampe mais en plus violent. La contraction me force à archer les jambes. Je m’oblige à courir malgré la douleur. 50m plus loin, plus rien. La tempête est passée ?!!! Sur la course j’ai eu 3 passages douloureux identiques aux ischios d’une durée de quelques minutes à chaque fois. Et à chaque fois, la douleur a disparu d’elle même. Mon hypothèse est que mes ischios (muscles supports des quadri dans la course) ont un déficite de force et de développement par rapport à mes quadri. Ce déséquilibre les met dans une tension extreme. (Note pour moi même : muscler mes ischios au niveau de force des quadri).

La bonne nouvelle.

Au km 49, isolé de toute route d’accès, se trouve 2 bénévoles qui assurent un check point de passage avec scanne du dossard. Je les salue, donne mon numéro, ils badgent et je repars. C’est alors que le bénévole s’adresse à moi (nous sommes seuls dans le noir total, sur une crête rocailleuse à 1600m d’altitude, donc il ne peut parler qu’à moi aussi fortement). Je n’ai pas entendu ce qu’il m’a dit, je lui demande de répéter. « Vous êtes classé 18ème !! Bravo c’est bien. Allez bon courage ça continu de monter » Moi : »Vous êtes sérieux ??? » Lui: « Oui je sais compter jusqu’à 18 (Rire) ».

A partir de là j’ai surfé sur mon nuage ….Je ne me suis pas enflammé, j’ai juste continué mon plan mais avec le sourire aux lèvres.

La descente de l’enfer.

Photo prise à l’aurore, Tête de Soriol. A gauche le Gelas qui point à 3031m

La portion qui nous ramène de la Tête de Siruol à Roquebillière au km 70 est une descente vertigineuse de 1600m négatif. Je déteste ce passage. C’est technique, pentu, cassant, épuisant.

J’amorce la descente à la lueur du jour. Je me rend vite compte que j’ai de bonnes jambes et de bonnes chaussures (grip et confort dans le très technique et pentu). Je prend une mise en confiance que je n’avais jamais eu sur ce passage. Au final je débouche au fond du vallon bien plus vite que l’année dernière en n’ayant perdu qu’une place. Les derniers segments de route qui nous ramènent à la Base de Vie de Roquebillière sont longs. Je ressens les premiers signes de fatigue. J’ai besoin d’une pause…

Roquebillière, Base de Vie 2

Arrivé à la Base de Vie, Xavier est déjà en place. On applique le même protocole. Xavier gère intégralement mon sac. Il change mes gourdes, vides mes poches et les remplie d’une nouvelle réserve alimentaire.

Jean Marc et Xavier, l’équipe de choc pour une assistance au top.

De mon côté :

  • Je change de t-shirt.
  • Je remplace le Buff par une casquette.
  • J’échange la frontale par un modèle ultra leger.
  • Je bois de l’eau gazeuse (2 verres) avec des BCAA.
  • Je mange 5 cuillères d’une compote maison hyper calorique et 5 cuillères d’un riz au lait de coco hyper calorique.
  • Je bois un café.
  • Je repasse de la crème sous un pied et de change de chaussettes et chaussures (on gère les pieds après avoir mangé, c’est plus propre).
  • Je repars.
  • Stop de 20 min ouf.

Au moment de quitter la Base, Xavier me rappelle. Ma femme et mes filles viennent d’arriver sur le parking exterieur. Il me demande de les attendre. Quelques minutes après, ma petite famille vient m’embrasser sur le pas de la porte de sortie.

La course poursuite.

En quittant Roquebillière, je sais qu’il me reste environ 19km et 1300m D+ à parcourir. Je connais bien les 6 premiers kilomètres qui nous amènent jusqu’au village perché de Belvédère, puis sur le premier segment du KV du même village. A cet endroit, le reste du parcours sera une découverte.

En remontant vers Belvédère, nous sommes un groupe de quatre. Deux coureurs du 145km, petit rythme et gros sacs à dos, je sais que dans quelques kilomètres nos chemins se sépareront. Derrière moi, un autre coureur se présente. Il a quitté la Base de Vie 15 secondes après moi. Tout indique qu’il coure le 90km. Il me passe en pleine montée et me distance de quelques dizaines de mètres. Je ne peux pas le suivre sans passer mon seuil Maffetone, ce que je refuse. Je le laisse filer.

Après 7 kilomètres, je reviens sur un coureur. Il me laisse passer immédiatement. Je me retourne, il ne suis pas mon rythme.

Après 8 kilomètres, je reviens sur deux coureurs, ils marchent et semblent épuisés. Parmi eux je reconnais le jeune bon descendeur qui m’a doublé dans la descente infernale plus tôt dans la matinée. Ils se rangent dès qu’ils m’entendent arriver.

Je reste sur un rythme de course souple, sous Maffetone. Je commence à être impatient. J’ai hâte d’arriver.

Le chemin, en balcon, descend de façon abrupte mais fluide avec de nombreux pif – paf. Au premier virage, j’entends du bruit en contre bas. Je stoppe et je découvre que je suis revenu à moins de 100m du coureur qui m’a déposé à l’entrée de Belvédère. Il se retourne, me regarde et repart aussi vite.

A partir de là commence une course poursuite entre lui et moi. Lui il sait qu’il est suivi de prêt et qu’il ne doit rien lâcher. Moi j’ai une proie à chasser et ça me motive à bloc pour aller plus vite.

Après une ascension épuisante en plein soleil et au milieu d’une végétation hyper dense, je rencontre un groupe de promeneurs. Ils me confirment qu’il y a bien un coureur à moins de 5 minutes devant moi. Mais ils me confirment aussi qu’il court bien et vite ….

Finalement, je passe la ligne d’arrivée sans avoir repris, ni aperçu mon lièvre. Il sera arrivé quasiment 5 minutes avant moi, soit à nos vitesses un écart de 600 m …(Ce qui est normal car après vérification ce coureur de nationalité espagnole a 150 points ITRA de plus que moi, tout est donc à sa place).

Le speaker m’annonce 17ème !!!! C’est tout juste incroyable. Ma femme et mes filles sont là, heureuses et fières. Moi je ne réalise pas.

Par simple curiosité, je me suis présenté bien après mon arrivée au bureau de l’organisation pour demander mon classement par catégorie. Le verdict tombe comme à Noël : « Bravo, vous êtes 3ème V1 » « Le podium avec Mr le Maire c’est ce soir à 19h ». !!!!!!

Cet Ultra Trail Côte d’Azur Mercantour est la course folle où tout a fonctionné.

Un grand merci à mes ravitailleurs Xavier et Jean-Marc, ma petite famille pour son soutien.

Un grand bravo à mes amis Brice et Christine qui avec beaucoup de doutes ont réussi à boucler cet Ultra le sourire aux lèvres. Christine finissant 2ème féminine en V2 !!!

 

 

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MickaëlH
Invité
MickaëlH

Bonjour Alain,
Tout d’abord félicitations pour ce resultat et cette gestion de course.
Cela fait 3ans que jai repris mon entraînement et je voulais reprendre en écoutant mon corps. Le slow a été une révélation et ton blog me rassure dans mes choix.
Je suis un jeune abonné mais je pense devenir un fidèle lecteur.
Continue à nous partager et faire vivre tes expériences.
Cordialement
MickaëlH

Stéphane
Invité
Stéphane

Coucou Alain et encore bravo pour la performance, et surtout de l’avoir fait comme tu le voulais avec une bonne gestion de course. Je m’inspire beaucoup de ton blog et de tes sorties sur Strava pour bien comprendre Maffetone, alors cela n’est pas simple, surtout de courir avec des copains qui t’annoncent que sans faire de fractionné classique impossible de gagner en vitesse, et ou en endurance. Mais bon je m’accroche et je reste droit dans mes bottes, et le gros avantage même si je gagne pas en vitesse c’est que je ne me blesse pas. En tout cas encore… Lire la suite »

christine
Invité

encore bravo pour cette belle gestion de course Alain et ce magnifique podium !