Ultra Trail Côte D’Azur Mercantour 2017, immersion Vésubienne

22 Oct

Wahou quelle course !!!!!

Une folie a refaire absolument.

L’Ultra Trail Côte d’Azur Mercantour (dit UTCAM) est un très gros trail. C’est un géant de 145km et 10410m de dénivelé positif. L’ITRA lui donne 6 points. 2017 a été sa 3ème édition et jusque là je l’ai regardé comme un monstre.

Alors pourquoi s’attaquer à cet UTCAM ?

Parce que je sais exactement par où le parcours passe. Je connais 90% du tracé pour l’avoir pratiqué soit en rando depuis mon plus jeune âge, soit en course sur d’autres trails de la vallée de la Vésubie, soit à l’entrainement. Il faut dire aussi que le tracé traverse mon village (Le Cros d’Utelle) et passe sur le seuil de ma porte (oui oui à 1 m).

Cela fait donc 3 ans que j’observe cet Ultra sans oser penser y participer aussi rapidement. L’année dernière, j’ai pu finir sa petite soeur de 55km et me faire une idée encore plus précise de la difficulté. Ca va être dur mais je me sens prêt à relever ce défi !

Aucun stress, aucune pression comme à chaque fois.

Mon entrainement sur 2017, ma progression constante et mes résultats de début d’année, alors que je ne force pas en course, me rendent particulièrement serein. Mentalement je n’ai aucun problème à aborder cet Ultra. Même si je sens au fond de moi que je manque d’un peu de kilométrage et de dénivelé dans les jambes pour être totalement à mon mon meilleur niveau.

Le départ est donné. Je suis rassuré, ça ne part pas aussi vite que ce que j’avais anticipé. Je me place et colle à mon rythme très bas de 125 bpm.

Je passe les 1er ravitos sans stop. Jean – Marc mon assistant me retrouve au Col de Chateau – Neuf. Je le rassure sur mes premières sensations de course et je repars. On m’annonce dans les 190.

On attaque le Mt Ferion, au sommet à 1400m une vigie de la Force06 nous accueille comme un phare. Dans la montée, je vois beaucoup de gars arrêtés, assis, certains vomissent. Sur la piste DFCI que l’on suit par endroit, on croise les 4×4 des pompiers qui cherchent des coureurs qui ont fait appel à la direction course pour avoir assistance … Il va y avoir de la casse.

Arrivé à Levens, Jean-Marc et Latifa m’attendent. Levens au 30km est une base de vie avec assistance possible. Il fait nuit, je mange bien, je bois, je soigne un début d’ampoule. Je suis en avance sur mon timing. Tout va bien.

Moins d’une heure après, je traverse mon village. Je passe devant ma maison où ma femme m’attend tout sourire. C’est une sensation extraordinaire de passer, en course ,de nuit dans des lieux qui semblent vous appartenir. A partir de là démarre une belle longueur assez isolée et bien difficile. On monte jusqu’à la Madone d’Utelle (1600m) avant de redescendre sur le village d’Utelle. L’arrivée à la Madone est dingue, environ 20 personnes accueillent, acclament et encouragent les coureurs au milieux de nul part. Ils vont camper ici toute la nuit. Merci vous nous avez donner beaucoup de force.

Je ne pensai pas me poser à Utelle mais finalement, je reste une dizaine de minutes. Je prends le temps de boire une soupe et un café. Il y a peu de monde (il est quelque chose comme 2h du mat’) mais il y a une ambiance chaleureuse. Les bénévoles sont top. Quelques familles encouragent les coureurs.

Je repars pour une seconde longue partie très isolée et technique. La montée du Brec d’Utelle est raide. C’est nuit noire. Au début j’étais suivi par un ou deux participants et j’en ai rattraper d’autres. Certains se sont accrochés à mon rythme mais aucun n’est resté longtemps au contact. J’ai passé la nuit seul en alternant des portions de course et de marche rapides toujours dans une fourchette de 125 à 130 bpm.

Coup de bol, j’arrive sur les sommets au dessus de Roquebillière au levé du jour. Le spectacle est sublime. Je m’accroche un Danois. Il a un bon rythme. Comme il stoppe toutes les 5 minutes prendre une photo je peux rester à son contact.

Une fois au sommet, il faut descendre sur Roquebillière par le pire tracé de la pire descente que je connaisse. J’ai un mauvais souvenir de cette section pour y être passé lors du Trail des Abeilles en 2013 ou 2014. A mi parcours de la pente j’avais abandonné. Là il faut faire la même portion mais avec environ 14h de course dans les jambes. Je descends comme je peux. Je porte des Hoka assez étroites au bout des pieds. Les chaussures ne sont pas du tout adaptées, je m’explose les pieds. Je sais que mes ongles ne vont pas aimer.

Finalement j’arrive à la base de vie. Ma femme et Jean – Marc sont en place. Ils me trouvent biens. La base est dans un gymnase. Il n’y a pas foule. Je suis bien fatigué. J’ai surtout laissé de l’énergie dans les 5 derniers kilomètres. Ma femme m’annonce que j’ai 1 heure de retard sur mon plan …

Je décide de refaire le plein d’énergie, je prend un douche (oui, oui), je me change, je me fais masser et manipulé par un osthéo (un mec au top !) et soigner mon ampoule par une podologue. La totale.

Je repars après un arrêt de 1h15. C’est beaucoup mais je pense que c’était bien nécessaire.

Les anciens coureurs disent de l’UTCAM que la course commence ici.

Dès que l’on quitte Roquebillière on attaque la montée vers Belvédère. Il fait très chaud. Le soleil tape fort et toutes les sections sont faiblement arborés, exposées plein sud. Ma progression est lente. C’est à la fois une stratégie et une conséquence de la chaleur. Finalement le chemin bascule sur le vallon de la Gordolasque dans un paysage alpin. Je retrouve mon élément et surtout un type de sentier que j’aime. Avant d’arriver au ravito du Relai des Merveilles je reprends plusieurs coureurs. Objectif du ravito m’hydrater et reposer les jambes avant de repartir pour une très grosse ascension.

Dans la montée de la baisse de Prals je n’ai plus les jambes. Il y a des phases hautes et des phases basses et bien là je creuse. Cette montée est longue. A mi parcours avant le sommet, le temps tourne hyper vite. On essuie un orage avec un très fort vent. Bienvenue au paradis. Une fois le sommet passé, le temps se calme en 5 minutes comme par magie. Nous sommes survolé par un hélico de la sureté civile qui vérifie si nous sommes tous OK.

A partir de là on enchaine de grandes longueurs en alpage sur des crêtes larges. Ces sentiers qui incitent à l’attaque. Les jambes sont dures mais le rythme est bon. Je rattrape un groupe de quelques coureurs et je me colle à leur cadence. Je choisi la sagesse en ne cherchant pas à les doubler.

Arrivé au ravito des Fenestres je me pose assez longtemps car j’ai besoin de reprendre du jus. Le coup de mou est passé. Je suis d’attaque pour la prochaine section. Malgré la fatigue ma progression est bonne car je sais qu’au prochain ravito (le Boréon) il y aura ma femme, mes filles et le reste de mon équipe d’assistance pour m’accueillir. Le mental est donc très positif. Je connais bien ce parcours. Une forte ascension, un passage vallonné en crête, suivi d’une belle descente technique qui débouche sur un sentier rectiligne en corniche. Enfin une dernière pente très raide et technique nous amène exactement à l’entrée de la base de vie. La nuit arrive. Je me lance un défit, être à la base de vue avant le coucher du soleil et ne pas à avoir à sortir le frontale. Go j’accélère.

Pari réussit, je rentre dans la base de vue avec une très faible visibilité mais sans la frontale.

C’est le dernier ravito avec assistance, il faut en profiter. Avant de repartir pour ma seconde nuit, je décide de tenter un somme de 20 minutes. Lorsque la bénévole vient me réveiller, elle se rend immédiatement compte que je n’ai pas dormi …

Je repars pour la dernière grande partie de l’aventure dans une nuit noire et froide. Deux sommets au programme à 2400m puis 2600m d’altitude avec entre les deux, une redescende abrupte de plus de 5 km dans un vallon.

Hormis la zone éclairée par la frontale je n’y vois rien. Le terrain est hyper technique, cassant. C’est vraiment compliqué de progresser. Je suis lent. Un coureur me rattrape, il ne me double pas. Nous allons faire équipe toute la nuit. Au bout de quelques temps nous formerons un groupe de 5. J’ai froid, je suis très fatigué, j’ai sommeil. Impossible de dormir, je ne veux pas lâcher le groupe et de toute façon je ne vois pas où je pourrai faire une pose. Il n’y a aucune végétation, uniquement des amas de pierres. Nous sommes de nuit sur la Lune !!

Avec l’aube, mon moral et ma vitalité reviennent. Nous passons un check point de contrôle (km 128 je crois). Les bénévoles nous annoncent que nous allons déboucher sur une piste en mauvaise état qui deviendra de plus en plus roulante et facile en arrivant sur la Colmiane.

A 7h30 je récupère du réseau. Je téléphone à ma femme. Elle m’annonce être à l’arrivée avec Jean – Marc. Ils m’attendent. C’est le booster dont j’avais besoin. Je prends de l’avance sur mon groupe de nuit. Je me gare au bord de la piste et je range bien toutes mes affaires dans mon sac afin qu’il soit aussi facile à porter qu’au départ. Lorsque le groupe revient à mon niveau, je suis prêt à en finir avec cette course. Je les remercie pour l’entraide de la nuit passée et leur dis bonne continuation. Je pars comme une balle.

De là où je me trouve jusqu’à l’arrivée, 90% du chemin restant est en descente. J’ai tout couru à fond. Les 12 derniers kilomètres ont été avalés en 55 minutes.

Au passage de Venanson, j’ai appelé ma femme , tout en courant et doublant d’autres coureurs. Je lui ai dit de se tenir prête car j’arrivai …vite.

Je n’ai pas compter mais je pense avoir passé une quinzaine de coureurs et coureuses sur ces derniers kilomètres. Certains marchaient, d’autres trottaient, quelques uns boitaient mais aucun ne couraient.

L’arrivée

Arrivé à Saint-Martin Vésubie, Jean – Marc est aux avants postes. Il m’accompagne sur le dernier kilomètre à travers les ruelles. Un peu avant l’arrivée ma femme m’attend appareil photo et Go Pro au poing.

Je passe la ligne tout sourire. Immédiatement, le speaker me tend son micro, me félicite et m’interroge sur mon état de fraicheur apparent. Et comme à chaque fois, je ne sais pas l’expliquer. Il est difficile après 145km de course et plus de 39h d’effort de formuler en quelques phrases pourquoi mon état physique est aussi bon.

Ce fut une belle course, hyper variée, exigente, technique. Une vraie course de montagne. Une traversée dont le parcours n’est pas étudié pour être une compétition, mais pour remonter l’histoire et la culture d’une vallée de l’arrière pays Niçois.

 

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