Plaisir de courir et courir de plaisir

6 Mar

Cette semaine François d’Haene a posté sur son compte Facebook une réponse incroyable à une série de questions portant sur le lien entre la coupure hivernale et la perte de VO2max engendrée.

francois d'haene

Q : « Comment faites-vous pour gérer votre coupure hivernale en sachant que la VO2Max baisse après 14 jours d’arrêt complet?”

R : « Comme vous avez pu le constater, j’ai enchaîné plusieurs ultra en 2014, qui m’ont demandé de récupérer et de couper que ce soit entre les courses, ou à la fin de la saison. En effet pour moi l’ultra trail n’est pas une science exacte, la performance sur ce type d’effort dépend de nombreux paramètres dont l’envie, la fraîcheur, la motivation et le plaisir qui sont les résultantes entre autre d’un certain équilibre de vie et d’une façon d’aborder le trail et les courses….

La VO2 max est pour moi une composante ou un facteur bien moins important que tout cela.

D’ailleurs je ne connais pas la mienne et je ne m’en sert aucunement à l’entraînement. Peut être celle-ci baisse t’elle après 14 jours mais peut être que mon corps à besoin de récupérer bien plus que cela… que ça soit l’hiver ou encore entre les courses… En effet je préfère écouter mon corps et mes envies plutôt que des théories qui ne se reflète pas de la même façon sur tous….

Pour exemple au bout de 15h sur une course d’ultra trail lors d’une montée très dure lorsque je suis en train de marcher je ne me dis pas : « tient je me suis arrêté trop longtemps cet hiver ma VO2 a baissé je n’avance pas ! », je me dis plutôt : « pense à ces bons moments passés en famille ou avec tes amis cet hiver, tout ces moments de plaisir, toutes ces choses que j’ai fait pendant ma coupure et qui me poussent à me dépasser aujourd’hui, ça n’est qu’un passage à vide ça va revenir. »

Bref tout ça pour vous dire que les facteurs de la performance sont très personnels et qu’ils doivent impérativement nous convenir et être compatibles avec notre mode de vie et notre équilibre et pour moi le plaisir et l’envie sont très très loin devant les éventuelles variations de ma VO2max !!! » (source François D’Haene)

Le trail mais surtout l’Ultra Trail est bien l’un des rares derniers sports médiatisés et générant du cash où un Champion peut se permettre d’expliquer que le plaisir de pratiquer son sport est son moteur principal.

Que l’entrainement, la nutrition, l’équipement et l’encadrement sont des composantes majeures (entre autres) de la réussite d’une performance mais que sans le plaisir (donc le mental et les pensées positives qui l’accompagnent) le moteur n’avance pas.

Le plaisir est trop souvent écarté. Vivre l’instant présent avec bonheur est la clé.

Ce mantra est la règle n° 1 de nombreux ultra runners d’exceptions tel que Kilian Jornet, Emilie Forsberg, Anna Frost, Joeanna frost Grant, Anton Kupricka, Marco Olmo… pour ne citer que les plus connus. Certains comme Stéphane Brogniart l’exprime particulièrement bien.

Oui, un plan d’entrainement carré, une nutrition optimale et une préparation sans défaut permettent d’assurer des résultats dans tous les sports mais pour le moment pas dans l’Ultra Trail.

Une saison c’est long, il y a des hauts et des bas. Un Ultra (pour les « normaux » comme moi) c’est long, avec des phases de doute, de renoncement, de rejet de l’effort, de l’envie.

Aucun autre sport ne donne à ses pratiquants autant de temps pour sombrer dans un puits sombre lors d’une épreuve. Sur un Ultra ce n’est pas vos séries de 30′ x 30′ qui vous feront avancer au 120ème kilomètre si l’envie n’est plus là !

anton kupricaCourir en montagne à l’entrainement comme en compétition doit rester un plaisir de chaque instant. La pensée première ne doit être focalisée que sur ce sentiment de plaisir à courir.

Si l’on ne fait pas n’importe quoi avec des incohérences totales au bon sens  : alimentation saine et variée, volume / intensité / fréquence des entrainements, repos / sommeil respecté … Bref si son Ultra est préparé avec plaisir alors chaque étape de la préparation ne sera que du bonheur qui se verra le jour J.

Les restrictions alimentaires qui frustrent, les plans stricts d’entrainement qui imposent ou culpabilisent sont des freins au plaisir immédiat et au plaisir futur.

Mathéo Jacquemoud (le jeune qui envoie) a exprimé le mois dernier son manque d’envie et de motivation. Il nemilie forsberg‘a que 24 ans, il a tout gagné dans sa discipline mais il est grillé, usé. Il a perdu le plaisir de skier. La cause : un entrainement acharné durant plus de 10 ans et une pression impossible à encaisser à long terme.

De nombreux trailers rangent leurs chaussures après 3 à 4 ans de pratique, trop de courses, trop de kilomètres, trop de contraintes, perte du plaisir.

Je fais parti des 99% de coureur amateurs pour qui la performance est de finir un Ultra (et non de le gagner). Je cours par plaisir et j’ai le plaisir de courir. Mon souhait est de continuer longtemps dans cette discipline sans perte d’envie, sans blessure, sans regret, sans pression.

joe grant kilian jornet

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