Minimalisme, le faux débat ?

7 Fév

Deux articles de deux très bons blogueurs (très bons car ils partagent librement des points de vue à la fois différents, complémentaires et donc nécessaires) sur le minimalisme me poussent également à rentrer dans le débat, ou plutôt dans ma définition du minimalisme …

Les articles déclencheurs sont sentiersduphenix, Minimalisme ou Simplicité volontaire et la réponse à ce même article yinrun, Meurs montre GPS.

Le minimalisme pour le traileur

Le concept de minimalisme en trail est apparu au grand public après la publication du livre « Burn To Run » de Christopher MCDOUGALL. Où comment des sur-hommes (les indiens Tarahumara) parcours des distances folles sur sentiers en sandales fabriquées à partir de pneus de camions et comment un américain surnommé il Caballo Bianco court à longueur de journée à travers un canyon mexicain sans eau, nourriture et simple short.

Le marketing commercial s’est engouffré dans ce concept du minimalisme fortement aidé par des personnages emblématiques (mythiques !) tel que Anton Kuprika, Joe Grant, Timothy Olson et biens d’autres. Objectif, faire de l’argent …Difficile idée à faire passer en utilisant justement un concept qui est basé sur le fait que rien ne sert de beaucoup dépenser !

Il en ressort au bout de quelques années une définition très réductrice :

Minimalisme = Chaussures favorisant une course à la foulée naturelle.

Alors mais amis c’est là que tous les débats et point de vu divers et variés commencent … dont le mien.

Le minimalisme c’est la pratique de son sport avec juste l’essentiel nécessaire à un instant donné.

La démarche minimaliste est assez ancienne dans le monde de la randonnée avec le mouvement MUL (Marche Ultra Légère). Le concept est simple : pourquoi partir 5j en randonnée avec 30kg de charge où en ne prennant que l’essentiel vital, l’essentiel du confort et de la sécurité nous pouvons faire le même parcours avec un sac à 15kg de charge ? Pour y arriver, il faut passer par la dématérialisation de ses besoins, le refus où la recherche de la simplicité volontaire (Merci Julien pour la découverte théorique d’un concept que je connait bien).

Mais le concept de minimalisme se découvre depuis plus longtemps dans d’autres domaines liés à la montagne mais chez des individus qui ne le portaient pas au public.

Pour exemple : Patrick Berhault en mode « jogging » c’est à dire pour lui, chaussures tennis et short, réalisait régulièrement en petites foulées l’ascension du Mt Gelas (3100m) au départ de la Madonne des Fenestres. Le Skyrunning avant l’heure, car là on parle des années 80′.

La Question : De quoi avons nous besoin pour pratiquer du Trail Running ?

  1. Une paire de chaussures ultra confortable
  2. Un short (un peu de pudeur)
  3. Basta

Tout autre élément est non essentiel à la pratique. Pour autant, si à l’instant T le coureur a besoin de répondre à une attente réelle alors il doit y répondre (pluie, vent, eau, soleil, chaleur …)

Le minimalisme c’est la pratique de son sport avec juste l’essentiel nécessaire à un instant donné.

Alors le concept marketing des chaussures minimalistes dans tout ça ?

Le marketing tente de nous faire croire que de courir avec des chaussures en drop zéro (j’exagère exprès) fait de vous un coureur minimaliste. Oui et non.

Oui car vous entrez dans une recherche de foulée plus naturelle, dans une expérience qui se veut d’une course plus pure. C’est bien.

Non car le minimalisme ne doit pas s’arrêter à une paire de pompes.

Je vais prendre pour exemple un coureur minimaliste par excellence : Marco Olmo (double vainqueur de l’UTMB à 58 et 59 ans)

Marco depuis 20 ans ne cours qu’en Mizuno issues de la gamme route / marathon pour leur confort. Il retouche lui même toutes ses chaussures (surtout lors de ses 14 participations au Marathon des Sables). Lorsqu’on le voit sur l’UTMB, il est en mizuno route, mini short, mini sac, barres de céréales basiques, eau pur, le tout calibré au plus juste. Aucun superflu. Pour temps, il court en drop de 14 mm. Alors Marco est un coureur minimaliste ou pas ?

Autre exemple : Kilian Jornet pour sa première participation à l’UTMB a réalisé le parcours en reconnaissance deux semaines avant, sans RIEN (ni eau, ni nourriture, ni sac, rien). Il l’a fait en 2 jours en dormant dans un refuge, en buvant aux ruisseaux et ne mangeant des baies ou des encas dans les refuges rencontrés. Il en a déduit qu’il pouvait le faire en course avec RIEN. Regardez bien les images de cette 1ere victoire. Kilian a un sac banane avec le matériel obligatoire (demandé à l’époque) plié à l’intérieur mais au format enfant (si, si), pas de gourde, pas de nourriture. Ça c’est un UTMB minimaliste.

Le minimalisme à l’inverse de notre société de surprotectionnisme doit nous pousser à sélectionner nos besoins essentiels pour la pratique de nos sports, à retourner vers une simplicité volontaire. Et cela peut importe le choix de nos chaussures.

Partir sur un trail d’entrainement d’une durée de 3 heures avec 2L de boisson, 5 barres, 4 gels, un téléphone, des bonbons, un T shirt de rechange, des chaussettes en double, de la crème solaire, 2 buffs …..est un non sens que j’ai rencontré très récemment.

Pour ma part sur la même sortie, j’étais en Hoka (pas minimaliste au sens marketing du terme mais en drop de 4mm), short, débardeur, gourde de 380 ml d’eau / sirop d’agave, basta. Suis je minimaliste ?

La question se pose sur l’usage ou pas d’une montre GPS dans une recherche minimaliste de l’activité. Personnellement mon utilisation à l’entrainement en est très limitée (heure, distance, cadence, % fcm). En course c’est encore plus radical, heure et distance. Par ailleurs, toute notifications ou bips sont désactivés.

L’heure me permet d’avoir une idée sur ma stratégie alimentaire en course. La distance me permet de me situer par rapport aux difficultés du parcours et aux zones de ravitaillement.

Toutes autres informations ne me servent pas. De ce fait je consulte ma montre environ 1 à 2 fois par heure.

Si vous courrez les yeux rivés sur votre montre, à jouer avec les boutons afin de récupérer des informations non essentielles à votre bonne pratique, il y a un problème. Vous n’êtes plus « ici et maintenant » dans votre pratique. Vous vivez votre course par procuration de votre montre …

Je pense que l’usage d’une montre GPS est gage de sécurité dans une pratique trail engagée (terrain inconnu, gestion du repos, de la tombée de la nuit, de l’adéquation de la nourriture vs la durée …) mais que son utilisation doit rester minimaliste afin de rester connecté au moment présent.

 

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5 Commentaires sur "Minimalisme, le faux débat ?"

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Jerome Rosello
Invité

J’aime cette article ! Anton mon idole loool

Yin
Invité

Ha tiens mais je n’avais pas lu ça (et au passage je suis flatté), pas grand chose à ajouter je trouve ton billet pertinent.

John
Invité

ça donne a réfléchir !
mais quand même 380ml pour 3h, j’ai du mal le concevoir comment tu fais.
Pour moi 3h avec 18 – 20° j’ai besoin d’un bon litre, question d’habitude ou besoin physiologique different ?

Julien
Invité

Hey ! Je ne vois que maintenant ton article. Tout d’abord merci pour les compliments ;). Comme tu t’en doutes, je ne peux qu’approuver ta réflexion ! Au plaisir ! Julien

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